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lundi 4 janvier 2010

Albert Camus est mort... il y a 50 ans

Edition spéciale de Combat - 5 janvier 1960 - Mort d'Albert Camus
Édition spéciale du journal Combat - 5 janvier 1960
Petit clic pour voir en grand...


Né en Algérie en novembre 1913, Albert Camus a trouvé la mort lors d'un accident de voiture le 4 janvier 196o. Il y a tout juste 50 ans. Il avait reçu le Prix Nobel de littérature en 1957.

Je ne vais pas tenter de réécrire ce que d'autres ont déjà fait bien mieux que moi ; je ne vais pas non plus remettre sur le tapis la question fort épineuse de son transfert au Panthéon. La seule chose que je puisse faire, en cette année particulière, c'est de relire ses trois romans : L'étranger (1942), La peste (1947), et La chute (1956).

Et je reviendrai très certainement en parler un peu plus tard...



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samedi 22 août 2009

« En tout cas, t'es née dans la merde. — Ah ça... »


« Ce n'est pas incroyable du tout ! Qu'est-ce que tu crois, toi ?
Des filles comme moi, le siècle en a plein ses tiroirs !
»
Darling à Jean Teulé


Darling, incarnée par Marina Foïs dans le film de Christine Carrière - 2007
Darling, incarnée par Marina Foïs dans le film de Christine Carrière - 2007


Ma pile de livres à lire ne cesse d'augmenter, même si j'essaie d'y faire attention et de la réduire un maximum. Darling, de Jean Teulé, y est depuis quelques mois. J'étais partagée entre la forte envie de le lire et l'appréhension de ce que j'allais y trouver. La sortie du film de Christine Carrière avec Marina Foïs avait alors fait couler beaucoup d'encre. Je me souviens de Michel Denisot, au Grand Journal, qui racontait comment Darling avait déboulé dans les locaux de Canal Plus, comment tout le monde avait été ému par son histoire, comment Jean Teulé, qui s'avère être un cousin de cette femme, avait décidé de démissionner pour se consacrer totalement à l'écriture de cette vie hors du commun. Je me souviens enfin de l'implication de Marina Foïs qui défendait corps et âme le film et la vie de Darling. Bref, je tenais à lire le livre. Ce que j'ai fait mercredi après-midi.

Darling, c'est l'histoire d'une femme qui était déjà détestée par ses parents avant sa naissance, qui est née dans la merde — au sens propre comme au sens figuré —, qui a subi les humiliations de sa mère et les coups de son père et qui, depuis sa plus tendre enfance, n'avait qu'un seul rêve : celui de se marier avec un routier qui l'emmènerait loin de cette ferme de Basse-Normandie et loin de cette violence sans nom.
Et elle a réalisé son rêve. Roméo, qu'il se faisait appeler sur les ondes de la CB. Roméo et Darling... Ça démarrait comme un conte de fées. Sauf que...
Sauf que ce mariage a marqué le début de la fin, époque bien pire que tout ce qu'elle avait vécu jusqu'alors, ce qui n'est pas peu dire. Roméo, pauvre type violent et alcoolique, joueur de poker qui n'hésite pas à jouer sa femme quand il n'a plus d'argent, qui n'hésite pas à donner sa femme en pâture à ses ignobles camarades de jeu... Roméo qui frappe sur sa femme à coups de fer à repasser brûlant histoire de se détendre et de tenter de la faire avorter... Roméo qui prend une maîtresse qui vient habiter au domicile conjugal et qui se révèle être une tortionnaire à la hauteur de son compagnon de jeux sexuels... Une vie de merde toujours plus ignoble... Mais Darling est une normande, elle est rude et courageuse, elle se relève, toujours...


Darling, incarnée par Marina Foïs dans le film de Christine Carrière - 2007
Darling, incarnée par Marina Foïs dans le film de Christine Carrière - 2007


Alors, à la lecture de tout ça, on pourrait penser que c'est un énième roman sur une femme battue et violée... mais c'est sans compter sur la poésie et l'espoir de Darling, et sur le talent de narrateur de Jean Teulé. Le texte est parsemé d'extraits de dialogues entre l'auteur et Darling, et on découvre une femme forte et fataliste qui n'arrive pas à pleurer sur son sort. On reste médusé devant une telle accumulation de malheurs, de violences et de traumatismes. Il parait tout simplement incroyable que la vie d'une seule personne puisse contenir tant d'horreurs. Si un auteur avait pondu une fiction contenant toutes ces atrocités, il aurait forcément reçu de vilaines critiques : son récit aurait été bien trop improbable.

Et le plus étrange dans tout ça, c'est que je me suis surprise à rire en lisant... parce que Darling est drôle dans sa façon de raconter ses horreurs. Elle est attendrissante, elle a une façon très singulière de relater sa vie et trouve toujours de belles images de comparaison qui atténuent son récit. Il arrive bien évidemment un moment où on ne peut plus rire et où on a envie de crier avec elle... C'est une lecture électrochoc, une lecture traumatisante, une lecture qui reste imprimée dans la chair, qui me hante. Jean Teulé a su rester en retrait de cette histoire tout en la rendant "lisible". Il a redonné à cette femme un visage humain qu'elle n'arrive elle-même plus à voir. Il l'a rendue belle, et c'est tout ce qu'elle demandait.


Darling, Jean Teulé - Pocket, 2007.
Le site officiel du film


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vendredi 22 mai 2009

Un rhinocéros amoureux...


Un rhinocéros amoureux pèse-t-il plus lourd qu'un rhinocéros tout court ?


Coup de coeur de la matinée ! Le titre est déjà tellement chouette que l'on n'a qu'une seule envie : dévorer le livre !

Un rhinocéros, ça fait souvent la tête... et puis ce n'est pas très joli... Mais ce rhinocéros-là est amoureux... Et si on regarde bien, on peut apercevoir un petit sourire au milieu de toutes ses rides... Mais le rhinocéros est amoureux d'un colibri... et un colibri, c'est tout petit... contrairement au rhinocéros... mais ce n'est pas grave, on n'a pas besoin de se ressembler pour s'aimer !

Un texte tout doux, tout mignon, tout rigolo... et des illustrations toutes douces aussi, sur des tons pastels super chouettes... Il ne vous reste plus qu'à courir le découvrir !

Un petit album pour les 3-5 ans... et pour les plus grands !


Un rhinocéros amoureux pèse-t-il plus lourd qu'un rhinocéros tout court ?


Un rhinocéros amoureux pèse-t-il plus lourd qu'un rhinocéros tout court ?


Un rhinocéros amoureux pèse-t-il plus lourd qu'un rhinocéros tout court ?


Un rhinocéros amoureux pèse-t-il plus lourd qu'un rhinocéros tout court ?


Un rhinocéros amoureux pèse-t-il plus lourd qu'un rhinocéros tout court ?
Texte de Alex Cousseau, illustrations de Nathalie Choux
Éditions Sarbacane, 2007 - 12€


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jeudi 21 mai 2009

Vernon Sullivan, enfant terrible


« Sexuellement, c'est-à-dire avec mon âme »
Boris Vian, L'Herbe rouge


Boris Vian à Toulouse - Photo de Jean Dieuzaide, 1948
Boris Vian à Toulouse - Photo de Jean Dieuzaide, 1948


Ma bibliothèque ne serait pas ce qu'elle est si elle ne contenait pas J'irai cracher sur vos tombes de Vernon Sullivan... autrement dit de Boris Vian.

Ce roman, rédigé en deux semaines seulement, en août 1946 et publié en novembre de la même année, devient le bestseller de l'année 1947. Il est alors signé Vernon Sullivan. Boris Vian, fan de jazz et de romans noirs américains (il a notamment traduit Raymond Chandler), revendique le fait d'en être uniquement le traducteur. Et la supercherie va durer quelques temps. Le problème, en effet, est que le roman est "un poil" violent, et à la limite du porno. Certaines scènes — séquences érotiques, violence physique et morale — sont écrites crûment, et ne peuvent laisser indifférent.
« Il faut déplorer qu'il se soit trouvé en France un traducteur et une firme pour diffuser cette incivilité sénile et malhonnête. C'est sur le livre qu'on peut cracher. »
Ce genre d'entrefilets dans la presse réjouissent auteur et éditeur. Mais le succès tant attendu n'est pas au rendez-vous... Boris Vian et son éditeur forcent alors encore plus la publicité autour du livre, contactent tous les journaux. Et les critiques commencent à se poser des questions... Ce traducteur s'implique bien trop pour le succès de cet ouvrage... étrange... La rumeur enfle et on ne tarde pas à deviner la supercherie.

En février 1947, Da­niel Par­ker, président du Cartel d'action morale, porte plainte pour outrage aux bonnes moeurs contre l'au­teur et l'édi­teur de ce petit ou­vrage d'à peine deux cents pages. Les ventes s'envolent... Le succès tant attendu est enfin là... mais à quel prix ? Vian est harcelé de questions par les journalistes, il est attaqué de tous côtés. Il se défend toujours d'être l'auteur :
« Je suis trop chaste et trop pur pour écrire de telles choses. [...] J'ai fait une traduction qui est à peu près écrite en français (pas académique, certes, mais honnête). Mais j'avais pris la peine dans cette première préface, grappée au coin de l'esprit commercial le plus écoeurant, d'avertir les intéressés. De leur dire (ce qu'ils veulent continuer à ignorer) qu'un éditeur c'est un marchand de livres » Il maintient que « pour qui connaît les habitudes de Monsieur Gide, La porte étroite est un titre beaucoup plus scandaleux que J'irai cracher sur vos tombes. »
Mais fin mars 1947, un nouveau fait divers alimente encore la controverse : les journaux dévoilent qu'un ancien milicien, Émile Rouget, a assassiné sa maîtresse avant d'aller se pendre dans la forêt de Saint-Germain.

Près du cadavre, il a laissé J'irai cracher sur vos tombes ouvert à la page où le héros tue sa maîtresse de la même façon — par strangulation. Vian est accusé d'être « un assassin par procuration ». Les ventes du « roman qui tue » s'envolent de plus belle.

Bien qu'il ait fortement souhaité ce genre de publicité pour faire de son roman un bestseller, Vian commence à être inquiet. Il doit prouver une bonne fois pour toutes qu'il n'est pas Vernon Sullivan. La meilleure preuve serait de donner au public le texte original. Il entreprend donc la traduction de son propre texte en anglais-américain... « Ça me fait thème et version réunis, c'est formidable », annonce-t-il faussement enjoué aux amis.

Daniel Parker est têtu, et il lance une nouvelle plainte en août 1948 à l'encontre de J'irai cracher dont la traduction anglaise vient de paraître sous le titre I Shall Spit on Your Graves. Publication bien inutile... Fin juillet 1949, un ar­rê­té mi­nis­té­riel condamne la vente de J'irai cracher sur vos tombes.
« Songez que ce livre a eu quand même énormément de lecteurs et qu'il a suffi d'une plainte d'une personne pour le faire interdire. Et on affirme qu'on vit en régime de majorité ! » Boris Vian

Lee Anderson, vingt-six ans, a quitté sa ville natale pour échouer à Buckton où il devient gérant de librairie. Il sympathise dans un bar avec quelques jeunes du coin. Grand, bien bâti, payant volontiers à boire, Lee, qui sait aussi chanter le blues en s'accompagnant à la guitare, réussit à séduire la plupart des adolescentes. Un jour il rencontre Dexter, le rejeton d'une riche famille qui l'invite à une soirée et lui présente les soeurs Asquith, Jean et Lou (17 et 15 ans), deux jeunes bourgeoises avec "une ligne à réveiller un membre du Congrès". Lee décide de les faire boire pour mieux les séduire... et poursuivre son sinistre dessein.

C'est le récit d'une vengeance, une dénonciation du racisme et de l'intolérance... Ce roman, tout comme les trois autres signés Vernon Sullivan, ne ressemble en rien à l'écriture des romans "officiels" de Vian. Il est noir, violent, terre à terre. Le héros accomplit sa vengeance froidement calculée à coup de parties de sexe totalement débridées. Lee Anderson fait froid dans le dos.

J'ai découvert J'irai cracher sur vos tombes après être tombée en admiration devant L'écume des jours et L'arrache-coeur. Je devais avoir 16 ans. Je me souviens l'avoir énormément apprécié, mais avoir ressenti un sentiment de malaise à plusieurs reprises. Je l'ai relu dimanche après-midi, d'une seule traite... Et contrairement à L'écume des jours que je n'ai pas réussi à relire récemment, je l'ai dévoré.

Ce livre est un pur bijou...


Boris Vian sur Le chemin des aiguilles :
Sperme de flamand rose

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samedi 28 mars 2009

Mon bel oranger


Je suis persuadée qu'il existe, pour chaque lecteur, un livre lu pendant son enfance et qui a conditionné sa vie de lecteur adulte. Si je ne devais en citer qu'un, je dirais que pour moi, ce livre est Sacrées sorcières de Roald Dahl... à moins que ce ne soit Corbelle et Corbillo d'Yvan Pommaux...

Certains de ces livres m'ont bien évidemment suivie, et tiennent une place de choix dans ma petite bibliothèque idéale. Mon bel oranger est un de ceux-là. Largement autobiographie, il a été écrit par le brésilien José Mauro de Vasconcelos.

Mon bel oranger ou Histoire d'un petit garçon qui, un jour, découvrit la douleur
A cinq ans, Zézé a tout appris tour seul : la lecture, les grossièretés de la rue, les trafics de billes, les tangos pleins de sentiments du marchand de chansons. Tout le monde le bat, sauf sa soeur Gloria. Ange ou diable, il a un secret dans le coeur : un petit pied d'oranges douces, le seul confident de ses rêves, qui l'écoute et lui répond.
Je garde un souvenir ému de ce livre. Je pense l'avoir lu en 6ème. Zézé est un petit garçon débrouillard que tout le monde bat, plus par principe d'ailleurs que par réelle "nécessité". C'est un petit garçon plein d'amour aussi, et plein d'imagination. Et puis il rencontre Portugâ, un adulte avec lequel il tisse des liens forts... mais Portugâ, un jour, disparait...

Je serais bien en peine de résumer correctement ce bouquin, mais mes sensations restent intactes. Je me souviens avoir beaucoup pleuré en le lisant... de vraies chaudes larmes... Ma mère, qui s'inquiétait un peu de me voir pleurer en lisant a voulu le lire également... Elle a beaucoup pleuré aussi...!

C'est un livre très fort, très poignant. Il fait partie de la littérature de jeunesse, mais il aurait largement sa place en littérature adulte. Le roman est écrit du point de vue de cet enfant de 5 ans. Les mots sont simples, vont à l'essentiel. Je ne sais pas vraiment qu'ajouter pour donner envie de le lire... Il vaut le détour, assurément... Il fait partie de ma pile de livres à relire...


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vendredi 20 février 2009

Essor et décadence d'une dynastie


« Exemple de ce qu'on appelle le réalisme magique, [Cent ans de solitude]
abrite un sens de l'étrange, du fantastique et de l'incroyable. »
Drew Milke


Gabriel Garcia Marquez
Gabriel Garcia Marquez - Photo prise par Isabel Steva Hernandez
Cliquez sur la photo pour la voir dans son intégralité


Inauguration d'une nouvelle rubrique : La petite bibliothèque. L'idée est de vous faire partager les livres sans lesquels ma bibliothèque ne serait pas ce qu'elle est... Ils sont les piliers de mes rayons. Il s'agit pour la plupart de romans, mais j'imagine que j'arriverai bien à trouver quelques essais, quelques documents, voire même quelques "beaux livres". Et quel autre livre que Cent ans de solitude pouvait ouvrir le chemin vers cette merveilleuse petite bibliothèque ? Aucun, cela va sans dire.

Cent ans de solitude, écrit par le colombien Gabriel Garcia Marquez, est tout simplement un chef-d'oeuvre... si ce n'est LE chef d'oeuvre du XXème siècle... Il est, quoi qu'il en soit, un des rares romans que je ne prêterai jamais. [J'imagine qu'il me faudra, un jour, développer et expliquer cette idée...]

Cent ans de solitude
Il m'est difficile de résumer ce livre, tant il fourmille de choses, d"événements et de non-événements. La quatrième de couverture de mon exemplaire (Points Seuil, 1995) le présente ainsi :
Une épopée vaste et multiple, un mythe haut en couleur plein de rêve et de réel. Histoire à la fois minutieuse et délirante d'une dynastie : la fondation, par l'ancêtre, d'un village sud-américain isolé du reste du monde ; les grandes heures marquées par la magie et l'alchimie ; la décadence ; le déluge et la mort des animaux. Ce roman proliférant, merveilleux et doré comme une enluminure, est à sa façon un Quichotte sud-américain : même sens de la parodie, même rage d'écrire, même fête cyclique des soleils et des mots.
Cent ans de solitude
L'épopée se déroule dans un village imaginaire, Macondo, perdu quelque part dans une jungle de l'Amérique du Sud. Dans son isolement, Macondo vit d'abord dans un monde orienté vers la magie sous l'influence des gitans qui détiennent le savoir. Puis l'Histoire entre en scène, avec les deux fils du fondateur José Arcadio Buendia, et c'est une suite de révolutions, de guerres civiles, de fléaux et de destructions. Après l'Histoire, c'est la civilisation qui vient bouleverser Macondo avec l'implantation d'une compagnie bananière, invasion de la civilisation industrielle américaine. Et ce sera le déclin, l'échec ; condamnée dès les origines par le culte de la solitude où elle s'enferme, la famille Buendia s'éteindra et un déluge détruira le village de Macondo.

Cent ans de solitude
Cent ans de solitude est déroutant à différents niveaux : le magique et le fantastique côtoient le réel d'une façon tellement étroite qu'elle en devient logique. Il n'est pas étonnant de croiser un gitan sur un tapis volant, pas plus qu'il n'est étonnant de vivre plus de 150 ans ou de voir une petite pluie de minuscules fleurs jaunes s'abattre sur le village lors de la mort de José Arcadio Buendia, fondateur du village. Mais ces éléments surnaturels paraissent l'évidence même... outre qu'ils sont une particularité bien spécifique de la littérature sud-américaine, ils sont surtout une marque indiscutable de l'écriture de Garcia Marquez. C'est ce qui a été nommé le « réalisme magique ».

Cent ans de solitude
Une des difficultés majeures du roman est le fait que quasiment tous les protagonistes portent le même prénom. José Arcadio Buendia et Ursula, sa fabuleuse épouse et de loin mon personnage favori) ont eu deux fils très différents l’un de l’autre : Auréliano et José Arcadio. À partir de là, et au fur et à mesure des mariages, il y aura de nouveaux Arcadio Buendia, de nouveaux Aureliano Buendia (« le second », « le troisième »...), à commencer par le colonel Aureliano Buendia qui passera toute sa vie à lutter contre le pouvoir central corrompu. De nombreuses femmes entrent également en scène, toutes plus belles les unes que les autres. Certaines sont riches, d'autres sont pauvres ; certaines font commerce de leur corps, d'autres seront pieuses à l'extrême ; mais elles ont toutes un point commun : elles ont un pouvoir indiscutable sur les hommes, et donc sur le devenir — et la déchéance — de Macondo.

Cent ans de solitude
Il me paraît réellement impossible de résumer correctement ce roman, tout au moins à le résumer en rendant compte de cette ambiance si fascinante. C'est un livre qui vous envoûte, qui vous emmene dans un monde lointain et en même temps si proche. À aucun moment, par exemple, il n'est fait mention d'une date. On peut tout aussi bien situer l'épopée au XIXe siècle qu'au XXe... C'est pour moi un chef d'oeuvre incontestable.

Cent ans de solitude
Je me souviens que lorsque je l'ai lu, je n'arrivais pas à le lâcher. J'avais l'impression que, chaque fois que je fermais le livre, les personnages continuaient à évoluer sans que je puisse en être témoin. J'avais l'impression que j'allais rater tout un tas de choses... C'est une impression que je n'ai pas souvent ressentie, en tout cas pas de façon aussi forte. Alors que je lisais, j'ai également tenu à jour un arbre généalogique de la famille Buendia, avec quelques éléments biographiques sur chacune des personnes. J'ai d'abord fait ça avec pour ne pas trop me perdre, de ne pas trop mélanger chaque protagoniste (puisque même nom, je vous le rappelle). Mais en relisant mes notes, je me suis rendue compte des similitudes qui existaient entre les personnes aux noms similaires, tant au niveau du caractère et de la façon d'agir, qu'au niveau du destin. Un peu comme si le prénom, à la naissance, conditionnait la vie de l'enfant... d'où un sentiment de fatalité qui ressort aussi de cette lecture... Et puis les personnages sont fous, à divers degrés, mais ils le sont tous...

« Alors que les Aureliano étaient renfermés, mais perspicaces, les José Arcadio étaient impulsifs et entreprenants, mais marqués d'un signe tragique. »
« Ils sont tous comme ça, dit-elle sans paraître surprise. Tous fous de naissance. »
« Il n'y avait, dans le cœur d'un Buendia, nul mystère que [Pilar Ternera] ne pût pénétrer, dans la mesure où un siècle de cartes et d'expérience lui avait appris que l'histoire de la famille n'était qu'un engrenage d'inévitables répétitions. »
« L'air y avait une densité toute nouvelle, comme si on finissait juste de l'inventer, et les belles mulâtresses qui attendaient sans espoir entre les pétales sanglants et les disques passés de modes, connaissaient des offices de l'amour que l'homme avait oublié d'emporter du paradis terrestre. La première nuit où le groupe s'en vint rendre visite à cette serre à illusions, la splendide et taciturne doyenne, qui surveillait les entrées dans un fauteuil à bascule en rotin, sentit le temps revenir à ses sources premières quand elle découvrit parmi les cinq nouveaux arrivants un homme aux os saillants, au teint bistre, aux pommettes tartares, marqué depuis le commencement du monde et à jamais par la vérole de la solitude.

— Aïe ! soupira-t-elle. Aureliano !

Elle était en train de revoir le colonel Auréliano Buendia comme elle l'avait vu à la lumière d'une lampe bien avant toutes les guerres, bien avant la désolation de la gloire et l'exil de la désillusion, par cette aube lointaine où il s'en vint jusqu'à sa chambre donner un ordre pour la première fois de sa vie : l'ordre qu'on lui fît l'amour. C'était Pilar Ternera. Il y avait des années de cela, quand elle avait atteint ses cent quarante-cinq ans, elle avait renoncé à la pernicieuse habitude de tenir les comptes de son âge et continué à vivre dans le temps statique et marginal des souvenirs, dans un futur parfaitement révélé et en vigueur, bien au-delà des futurs perturbés par les embûches et les suppositions captieuses des cartes.

Depuis cette nuit-là, Aureliano s'était réfugié dans la tendresse et la compatissante compréhension de sa trisaïeule ignorée. Assise dans son fauteuil à bascule en rotin, elle évoquait le passé, reconstituait la grandeur et l'infortune de la famille et la splendeur de Macondo réduite à néant...
»

Depuis, j'ai lu un bon nombre d'autres romans ou nouvelles de Garcia Marquez, et j'y ai presque toujours retrouvé une allusion à Cent ans de solitude... Je suis tout simplement une grande admiratrice de cet auteur colombien.

J'espère simplement vous avoir donné envie de (re)découvrir "mon" chef d'oeuvre...

Gabriel Garcia Marquez a reçu le prix Nobel de littérature en 1982.


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