jeudi 5 mars 2009

Les femmes qui lisent sont dangereuses - 2


Vittorio Matteo Corcos - Rêves, 1896
Vittorio Matteo Corcos - Rêves, 1896


PROJET

D'UNE

LOI

PORTANT DÉFENSE

D'APPRENDRE À LIRE AUX FEMMES

Par S**-M***



À PARIS,

Chez MASSE, Éditeur, rue Helvétius, nº. 580.




AN IX. 1801.








Considérant :

51º. Qu'une femme peut se passer de savoir lire, pour savoir vivre, pour être polie et prévenante envers les étrangers, pour faire les honneurs d'une table, pour être l'ame d'une fête, pour donner un sage avis dans une assemblée de famille, pour calmer les emportemens d'un mari, pour ramener à la sagesse un fils égaré, ou une fille surprise par un suborneur, etc. etc.

Considérant :

52º. Combien les femmes deviennent négligentes, paresseuses, hautaines, exigeantes, acariâtres, peu soumises, pour peu qu'elles sachent lire et écrire; combien est insoutenable celle qui vise à l'esprit ou au savoir, celle qui parle comme un livre.
(Voyez le 6e. Considérant.)

Considérant :

53º. Que depuis qu'on rencontre dans toutes les professions, des femmes qui savent lire, la nourrice fait jeûner son nourrisson; la marchande néglige son comptoir, et la cuisinière son service; l'ouvrière commence plus tard et finit plus tôt sa journée; la coëffeuse distraite brûle la blonde chevelure de sa dame; la garde-malade et l'épicière-droguiste tuent leurs malades par des qui-pro-quo; et la jeune fille devenue raisonneuse, dit que sa maman radote, et traite son papa de bon-homme.

Considérant :

54º. Que si jamais les femmes n'avaient su lire, ni écrire.... Juvénal, Molière et Boileau ne se seraient point armés contre elles des verges de la satyre.

Considérant :

55º. Que si jamais les femmes n'avaient osé porter la main à l'arbre de la science, Salomon ou St.-Paul n'aurait jamais trouvé de motifs pour parler d'elles en ces termes:
Melior est iniquitas viri, quam mulier benefaciens.

Considérant :

56º. Que le sage Salomon qualifie de Femme forte, non pas la femme esprit fort, ou bel esprit, «mais celle qui employe avec intelligence le lin et la laine, tourne le fuseau, et donne par année deux paires d'habits à ses serviteurs des deux sexes.»
(Ce sont les propres termes de la Sainte Bible.)

Considérant :

57º. Que dire son chapelet est aussi méritoire devant Dieu que de lire son office du matin et de l'après-midi.

Considérant :

58º. Que dans les premiers tems, la lecture de la Bible, elle-même, était interdite aux Juives; c'est pour cela qu'on ne leur apprenait point à lire.
La sage Noëmi et sa fille, la touchante Ruth ne savaient point lire; Ruth dut la main de Booz à son aimable ignorance.

Considérant :

59º. Que la fille d'Œdipe, la sensible Antigone, n'eut pas besoin d'apprendre à lire, pour devenir le chef-d'œuvre de la piété filiale: à sa place, la savante Sapho n'eût probablement pas été la compagne aussi assidue, aussi imperturbable de son malheureux père.

Considérant :

60º. Que Sapho eût conservé sa réputation, si elle n'eût jamais su écrire: du moins on n'aurait jamais parlé d'elle, au grand scandale de son sexe.


Jean-Baptiste-Camille Corot - La lecture interrompue, 1870
Jean-Baptiste-Camille Corot - La lecture interrompue, 1870


Considérant :

61º. Que les femmes-beaux-esprits consentiraient difficilement à suivre l'exemple de la jeune Erinne: cette contemporaine de Sapho, mais plus sage, pour ne point fâcher sa mère, ne se permit de composer qu'un seul poëme dont le sujet était l'éloge de la Quenouille.

Considérant :

62º. Que chez les sages Égyptiens, sur les bords du Nil, on ne voyait pas, comme sur les rives de la Seine, les femmes sortir de leurs maisons et quitter le berceau de leurs enfans, pour aller apprendre à lire à l'école d'un pédant ex-moine.

Considérant :

63º. Que les Amazones (dont pourtant il faut blâmer et repousser l'institution martiale, si étrangère aux mœurs naturelles des femmes), les Amazones qui étonnèrent les héros de leur tems par une bravoure égale à la leur, ne savaient pas lire.

Considérant :

64º. Que les Vierges Lacédémoniennes, dans des ballets décens, savaient enflammer le courage des jeunes Spartiates, et ne savaient pas lire.

Considérant :

65º. Que parmi les occupations des femmes des héros de l'antiquité, on leur recommandait, avant tout, de faire de la toile.
Dans Homère, elles mettent leur vanité, non pas à savoir lire ou écrire, mais bien à filer.
Théocrite, pour donner une haute idée de la belle Hélène, dit qu'elle filait mieux que toutes ses femmes.

Considérant :

66º. Que Pénélope si fidèle à son mari-voyageur, savait, en tissant, jour et nuit, repousser les amans qui l'assiégeaient, et ne savait pas lire.

Considérant :

67º. Qu'Andromaque, l'épouse du vaillant Hector, si touchante dans Homère, quand elle fait ses adieux au héros son époux, ne savait pas lire.

Considérant :

68º. Que la princesse Nasicaa, la fille du roi Alcinoüs, lavait, elle-même, les habits de son père, et ne savait pas lire.
Si elle avait su tenir la plume, peut-être que la princesse royale eut dédaigné de lever le battoir.

Considérant :

69º. Que les Sabines n'eurent pas besoin de savoir lire, pour reconcilier sur le champ de bataille, les deux peuples féroces auxquels elles appartenaient par le sang et par l'hymenée.


Félix Vallotton - La lecture abandonnée, 1924
Félix Vallotton - La lecture abandonnée, 1924


Considérant :

70º. Que la chaste Lucrèce, qui se poignarda pour ne point survivre au déshonneur du lit conjugal, ne savait pas lire.
Les fils de Tarquin la trouvèrent chez elle, et bien avant la nuit, occupée au milieu de ses femmes, à travailler, de ses mains, à des ouvrages de laine.

Considérant :

71º. Qu'Horace, pour ramener aux devoirs de leur sexe les dames de Rome, leur propose les Sabines, excellentes ménagères qui ne savaient pas lire.

Considérant :

72º. Que cette romaine qui allaita sa mère condamnée à périr de faim dans un cachot, ne savait pas lire: «c'était une femme du peuple, humilis in plebe,» dit Pline le naturaliste.
Le sénat romain lui décerna une statue; les mêmes honneurs ne furent point rendus à Sulpicie, faiseuse de satyres.

Considérant :

73º. Que, quand l'Ange Gabriel descendit du firmament, pour annoncer à Marie, (l'épouse de St.-Joseph) la conception d'un Dieu dans ses flancs virginaux, Gabriel ne surprit point la bonne vierge faisant une lecture; elle réparait les chausses de son époux, car son ignorance avait trouvé grace devant le St.-Esprit.

Considérant :

74º. Que Mahomet, qui aimait tant les femmes, ne voulait point qu'elles sçussent lire; plus sage en cela que son malheureux prédécesseur; (voyez l'évangile des deux sœurs Marthe et Marie, selon St.-Luc, chap. X, verset 38.)
Les épouses de Mahomet, et la célèbre Fatime, sa fille, ne savaient pas lire.
Il n'est pas même bien prouvé que Mahomet lui-même sçut lire. Son ignorance n'empêcha pas qu'il ne devînt le fondateur d'une grande religion.

Considérant :

75º. Que la reine Zénobie, moins savante, eût été moins ambitieuse, et par conséquent n'eût jamais consenti qu'on assassinât son époux.

Considérant :

76º. Que nos Gauloises, toujours consultées utilement par nos bons ayeux dans les affaires les plus délicates, les plus épineuses, ne savaient pas lire.

Considérant :

77º. Que Charlemagne, qui le premier, en France, ouvrit des écoles, en législateur profond n'y apella point les femmes. Et cet Empereur-roi prêcha d'exemple: il ne donna à ses filles d'autre éducation que celle de coudre et de filer.

Considérant :

78º. Que dans les siècles brillans de la chevalerie, époque si honorable et si glorieuse pour les femmes, elles n'avaient pas besoin d'apprendre à lire pour inspirer les braves: il suffisait de leur beauté et de leur vertu.


Alfred Stevens - Rêverie, 1854
Alfred Stevens - Rêverie, 1854


Considérant :

79º. Que Jeanne d'Arc sçut bien délivrer la France, sans savoir lire.

Considérant :

80º. Qu'avant cette héroïne, la bergère de Nanterre qui sauva Paris en trouvant grace devant Attila, Géneviève ne savait pas lire; quoiqu'un peintre niais l'ait représentée gardant ses moutons, l'évangile à la main.

Considérant :

81º. Que plusieurs d'entre les reines de France ne savaient pas lire; et ce ne furent pas les plus intriguantes.
Madame de Maintenon qui avait des prétentions au savoir et à la politique, rapetissa, comme on sait, le génie de Louis le Grand, et compromit le salut de l'État.

Considérant :

82º. Que le cardinal de Retz, un jour, se désista d'une criminelle attaque, vaincu par les larmes d'une villageoise vertueuse; le prélat n'eût peut-être pas même eu de combat à soutenir avec une fille lettrée.

Considérant :

83º. Que l'amour de la science n'a pas la vertu de refréner les passions; témoin Christine, reine de Suéde qui fit assassiner son amant sous ses yeux dans la galerie de Fontainebleau.

Considérant :

84º. Combien la science mal digérée donne de bile.
Antoinette Bourignon, l'une des femmes qui fit le plus de livres, fut par cela même l'une des femmes les plus maussades, les plus difficiles à vivre.

Considérant :

85º. Combien les charmantes lettres de madame de Sévigné, et les poésies gracieuses de madame Deshoulières ont fait de mauvaises copies.

Considérant :

86º. Que la belle Laure, dont les chastes appas firent tant d'impression sur le cœur de Pétrarque, et qui nous valut tant de beaux vers de ce poëte sensible, ne savait pas les lire.
«C'était, disent les historiens du tems et du pays, une pastourelle naïve, qui ne savait que garder un troupeau.»

Considérant :

87º. Que la belle et riche Marguerite Sarrochia, dame de Naples, aurait pu vivre longuement et être honorée de ses compatriotes: quelques talens en littérature lui inspirèrent tant de vanité qu'elle mourut jeune, flétrie par le chagrin, et chargée du mépris public.


Balthus - Portrait de Femme en Robe Bleue, 1935
Balthus - Portrait de Femme en Robe Bleue, 1935


Considérant :

88º. Que si miladi Montaigue, l'épouse de l'ambassadeur anglais à Constantinople, n'eût sçu ni lire ni écrire, elle n'eût point dégradé les lettres en repoussant d'un style de corps-de-garde, l'imputation vraisemblable que lui fit Pope d'avoir reçu les honneurs du mouchoir dans la caserne des Janissaires.
Nous compterions un recueil de lettres curieuses de moins, et une femme estimable de plus.

Considérant :

89º. Que les Américaines du midi portent seules tout le poids du ménage, et accouchent sans douleur; elles seraient moins robustes, moins saines, moins laborieuses, si elles savaient lire.
Il est prouvé que les Femmes-Auteurs sont moins fécondes que les autres.
L'exemple de Sainte-Brigitte, mère de douze enfans et auteur de douze volumes, ne prouve rien: l'exemple d'une sainte n'est qu'une exception.

Considérant :

90º. Combien il est choquant dans le langage ainsi qu'en morale, d'être obligé de donner aux femmes des qualifications masculines, telles que Mademoiselle est auteur, Madame est amateur, ou bien:
Les femmes Beaux Esprits, n'ont pas un bon esprit.
S.....

Cette dissonnance grammaticale tend à prouver que les femmes semblent abjurer leur sexe, quand elles exercent les professions que ces mots désignent.

Considérant :

91º. D'ailleurs, qu'empêcher les femmes d'apprendre à lire, c'est un grand pas de fait pour arrêter la multiplication des livres, et pour opérer une salutaire réforme dans la littérature tombée en quenouille.

Considérant :

92º. Ce que les auteurs de la Galerie universelle des Hommes Illustres placent dans la bouche de Voltaire:
«Du moment que le sexe, né pour plaire, eut la prétention de vouloir instruire, la morale et la littérature allèrent en décadence.»
(Galerie Universelle, in-4º.)

Considérant :

93º. Combien l'esprit naturel des femmes qui ne demande point à être cultivé, baisse de son prix, pour peu que l'art en approche.
Qui ne préfère, aux airs factices du serin, au jargon étudié de la pie ou du perroquet, le chant libre et sans apprêt du rossignol?

Considérant :

94º. Qu'il n'est pas très-nécessaire aux femmes d'apprendre l'A, B, C, pour se former le jugement; puisque Molière se trouvait bien de consulter sa servante, laquelle ne savait pas lire.
Malherbe aussi prenait l'avis de sa ménagère.

Considérant :

95º. Que dans les campagnes, beaucoup de fermières intelligentes gouvernent elles-mêmes l'intérieur et le dehors de la ferme, sans savoir lire.

Considérant :

96º. Qu'une jardinière qui ne sait pas lire, mais qui dans chaque saison fait éclore les fleurs les plus brillantes, est préférable à ces dames occupées matin et soir de l'assortiment de leurs pensées.


Vincent Van Gogh - L'Arlésienne (Madame Ginoux), 1888
Vincent Van Gogh - L'Arlésienne (Madame Ginoux), 1888


Considérant :

97º. Que les femmes insisteraient en vain sur la nécessité d'apprendre à lire, puisque Duguesclin lui-même, connétable de France, et le plus grand homme de son siècle, ne savait ni lire, ni écrire.
(V. Mém. sur l'anc. chevalerie, par Ste. Palaye, in-4º.)

Considérant :

98º. Que les femmes douées d'un bon esprit seront les premières à consentir la présente loi, quand elles en auront pesé les motifs dans leur sagesse, et dans l'intérêt qu'elles inspirent. Elles verront dans cette mesure urgente et nécessaire, non pas une extension du despotisme viril, mais bien plutôt un rappel à la raison.

Considérant :

99º. Ce proverbe hébreu:
«Toute l'habileté d'une femme est dans sa quenouille.» — et ce proverbe français:
«Femme sage
Reste à son ménage.»

Considérant :

100º. Ce qu'on lit dans Aristote:
«La femme ne doit penser qu'à la conservation de ce qui se trouve dans l'intérieur de la maison.»
(Les Économiques.)

Considérant :

101º. La solidité de ces paroles de Fénélon:
«Les filles qui ont de l'esprit s'érigent souvent en savantes et en précieuses; elles lisent tous les livres qui peuvent nourrir leur vanité, et se remplissant l'esprit de je ne sais quelles idées chimériques, elles se gâtent même par là pour le monde.»
(Éducation des Filles. 1687.)

Considérant :

102º. Le grand sens renfermé dans ces paroles du P. Mallebranche:
«C'est aux femmes à décider des modes, à discerner le bon air et les belles manières; elles ont plus de science, d'habileté et de finesse que les hommes sur ces choses. Tout ce qui dépend du goût est de leur ressort; mais.... etc.»
(Recherche de la vérité.)

Considérant :

103º. Ce passage considérable de la première Encyclopédie:
«On pourrait douter si l'étude des lettres ne coûte point aux femmes un peu d'innocence.»
(Art. Femmes, in-fº.)

Considérant :

104º. Que Desmathis a dit, d'après les anciens:
«La gloire d'une femme est de vivre ignorée»—et de rester ignorante, aurait dû ajouter Desmathis, pour dire tout ce qu'il pensait.

Considérant :

105º. De quel poids est cette autre citation de Michel Montaigne:
«La plus utile, la plus honorable science d'une mère de famille est la science du ménage.»
«Si les bien nées (les dames) me croyent, elles se contenteront de faire valoir leurs propres et naturelles richesses..... Que leur faut-il, que vivre aimées et honorées? Elles n'ont et ne savent que trop pour cela.»
(Essais. III. 3.)


François Boucher - Madame de Pompadour, 1756
François Boucher - Madame de Pompadour, 1756


Considérant :

106º. Ce qu'a dit Balzac:
«J'aimerais mieux avoir une femme qui eût de la barbe, qu'une femme qui eut du savoir.»

Considérant :

107º. La valeur de ce mot de S.-Evremont:
«On se défend d'une savante, mais on ne se défend point d'une femme: on a quelqu'estime sèche et stérile pour la capacité de l'une; mais le cœur s'allume pour les agrémens de l'autre.»
(S.-Evremoniana.)
«....À Paris, il y a des femmes qui écrivent et qui font des livres; les plus sages font des enfans.»
(Idem. p. 388.)

Considérant :

108º. En outre l'autorité de ce passage, tiré de la Bibliothèque des femmes:
(1759, in-12.)
«Par-tout les lois, en réservant aux hommes la plume et l'épée, ont semblé borner le sexe aux soins du ménage.»

Considérant :

109º. L'autorité plus grave encore de J. J. Rousseau, dans une Note (K) de sa lettre à Dalembert, qu'il serait par trop dur de reproduire ici. Il nous sera plus doux de rapporter la citation suivante du plus éloquent des philosophes:
«Est-il au monde un spectacle aussi touchant, aussi respectable que celui d'une mère de famille entourée de ses enfans, réglant les travaux de ses domestiques, procurant à son mari une vie heureuse et gouvernant sagement sa maison, etc.»

Considérant :

110º. La justesse de ce passage:
«La fluidité du sang et l'agilité des esprits animaux rendent les femmes incapables d'apporter une attention sérieuse à tout ce qui est un peu abstrait; et le dégoût qu'elles sentent pour tout raisonnement suivi, prouve la délicatesse de leur imagination, qui n'a pas la force de soutenir cet effort.»
(Du Bel-Esprit, 1695. Paris.)

Considérant :

111º. Que quelqu'un a dit:
«L'étude et les livres ne servent qu'à rendre une femme insupportable.»
(P. Com.)
Un écrivain plus moderne encore a dit:
«Le défaut du siècle est d'avoir le cœur sec et de tout faire avec l'esprit, défaut particulier aux femmes.»

Considérant :

112º. Ce qu'Homère met dans la bouche de Jupiter s'adressant à Vénus:
«Contentez-vous des jeux, des ris et des appas. Présidez aux amours...»
(Iliade V.)
...Mais n'étudiez pas!
pourrait-on ajouter, en généralisant la citation et en l'appliquant à toutes les femmes.
«Renoncez (dit le continuateur d'Homère) renoncez à un dessein dont l'exécution surpasse vos forces, et reprenez dans l'intérieur de vos maisons et les toiles, et les ouvrages propres à votre sexe.»
(Quintus, de Smyrne, trad. par Tourlet, Ch. I. T. I. in-8º. 1800.)

Considérant :

113º. Enfin la justesse et la convenance de ces bons vers:
Il n'est pas bien honnête, et pour beaucoup de causes,
Qu'une femme étudie et sache plusieurs choses.
Former aux bonnes mœurs l'esprit de ses enfans,
Faire aller son ménage, avoir l'œil sur ses gens,
Et régler sa dépense avec économie,
Doit être son étude et sa philosophie.
Nos pères sur ce point étaient gens bien sensés
Qui disaient qu'une femme en sait toujours assez....
Les leurs ne lisaient point; mais elles vivaient bien;
Leurs ménages étaient tout leur docte entretien,
Et leurs livres un dé, du fil et des aiguilles,
Dont elles travaillaient au trousseau de leurs filles;
Les femmes d'à présent sont bien loin de ces mœurs;
Elles veulent écrire, et devenir auteurs....

Molière.


Ramon Casas y Carbo - Après le bal, 1895
Ramon Casas y Carbo - Après le bal, 1895




4 commentaires:

Beber a dit…

n fait j'ai réfléchi.... faut que vous lisiez.... les livres de recettes, les bouquins de tricot, etc !

Et puis si vous lisez pas ! Qui va acheter la Collection Harlequin et Jeunes et Jolies ???

PetitChap a dit…

...mmhh... Beber... Je sais bien que tu plaisantes, mais bon... Quand j'ai lu ton commentaire ce matin, je n'avais pas encore bu mon café... et c'est dangereux de dire ce genre de choses à un PetitChap qui n'a pas encore sa dose de caféine !

Quant aux "Jeunes & Jolies", j'avoue n'en avoir jamais acheté... mais je suis bien persuadée que pas mal d'hommes frustrés en ont acheté pour se vider dessus...

Une citoyenne-lectrice a dit…

Réponse d'une citoyenne-lectrice à M. S*** M*** intitulée : Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne.

Homme, es-tu capable d'être juste ? C'est une femme qui t'en fait la question ; tu ne lui ôteras pas du moins ce droit. Dis-moi ? Qui t'a donné le souverain empire d'opprimer mon sexe ? Ta force ? Tes talents ? Observe le créateur dans sa sagesse ; parcours la nature dans toute sa grandeur, dont tu sembles vouloir te rapprocher, et donne-moi, si tu l'oses, l'exemple de cet empire tyrannique.

Remonte aux animaux, consulte les éléments, étudie les végétaux, jette enfin un coup d'oeil sur toutes les modifications de la matière organisée ; et rends-toi à l'évidence quand je t'en offre les moyens ; cherche, fouille et distingue, si tu peux, les sexes dans l'administration de la nature. Partout tu les trouveras confondus, partout ils coopèrent avec un ensemble harmonieux à ce chef-d'œuvre immortel.

L'homme seul s'est fagoté un principe de cette exception. Bizarre, aveugle, boursouflé de sciences et dégénéré, dans ce siècle de lumières et de sagacité, dans l'ignorance la plus crasse, il veut commander en despote sur un sexe qui a reçu toutes les facultés intellectuelles ; il prétend jouir de la Révolution, et réclamer ses droits à l'égalité, pour ne rien dire de plus.

Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne

À décréter par l'assemblée nationale dans ses dernières séances ou dans celle de la prochaine législature.

Préambule

Les mères, les filles, les sœurs, représentantes de la nation, demandent d'être constituées en assemblée nationale. Considérant que l'ignorance, l'oubli ou le mépris des droits de la femme, sont les seules causes des malheurs publics et de la corruption des gouvernements, ont résolu d'exposer dans une déclaration solennelle, les droits naturels inaliénables et sacrés de la femme, afin que cette déclaration, constamment présente à tous les membres du corps social, leur rappelle sans cesse leurs devoirs, afin que les actes du pouvoir des femmes, et ceux du pouvoir des hommes pouvant être à chaque instant comparés avec le but de toute institution politique, en soient plus respectés, afin que les réclamations des citoyennes, fondées désormais sur des principes simples et incontestables, tournent toujours au maintien de la constitution, des bonnes mœurs, et au bonheur de tous.

En conséquence, le sexe supérieur en beauté comme en courage, dans les souffrances maternelles, reconnaît et déclare, en présence et sous les auspices de l'Être suprême, les Droits suivants de la Femme et de la Citoyenne.

Article premier

La Femme naît libre et demeure égale à l'homme en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l'utilité commune.

II.

Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de la Femme et de l'Homme : ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté, et surtout la résistance à l'oppression.

III.

Le principe de toute souveraineté réside essentiellement dans la Nation, qui n'est que la réunion de la Femme et de l'Homme : nul corps, nul individu, ne peut exercer d'autorité qui n'en émane expressément.

IV.

La liberté et la justice consistent à rendre tout ce qui appartient à autrui ; ainsi l'exercice des droits naturels de la femme n'a de bornes que la tyrannie perpétuelle que l'homme lui oppose ; ces bornes doivent être réformées par les lois de la nature et de la raison.

V.

Les lois de la nature et de la raison défendent toutes actions nuisibles à la société : tout ce qui n'est pas défendu par ces lois, sages et divines, ne peut être empêché, et nul ne peut être contraint à faire ce qu'elles n'ordonnent pas.

VI.

La Loi doit être l'expression de la volonté générale ; toutes les Citoyennes et Citoyens doivent concourir personnellement ou par leurs représentants, à sa formation ; elle doit être la même pour tous : toutes les Citoyennes et tous les Citoyens, étant égaux à ses yeux, doivent être également admissibles à toutes dignités, places et emplois publics, selon leurs capacités, et sans autres distinctions que celles de leurs vertus et de leurs talents.

VII.

Nulle femme n'est exceptée ; elle est accusée, arrêtée, et détenue dans les cas déterminés par la Loi. Les femmes obéissent comme les hommes à cette Loi rigoureuse.

VIII.

La Loi ne doit établir que des peines strictement et évidemment nécessaires, et nul ne peut être puni qu'en vertu d'une Loi établie et promulguée antérieurement au délit et légalement appliquée aux femmes.

IX.

Toute femme étant déclarée coupable ; toute rigueur est exercée par la Loi.

X.

Nul ne doit être inquiété pour ses opinions mêmes fondamentales, la femme a le droit de monter sur l 'échafaud ; elle doit avoir également celui de monter à la Tribune ; pourvu que ses manifestations ne troublent pas l'ordre public établi par la Loi.

XI.

La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de la femme, puisque cette liberté assure la légitimité des pères envers les enfants. Toute Citoyenne peut donc dire librement, je suis mère d'un enfant qui vous appartient, sans qu'un préjugé barbare la force à dissimuler la vérité ; sauf à répondre de l'abus de cette liberté dans les cas déterminés par la Loi.

XII.

La garantie des droits de la femme et de la Citoyenne nécessite une utilité majeure ; cette garantie doit être instituée pour l'avantage de tous, et non pour l'utilité particulière de celles à qui elle est confiée.

XIII.

Pour l'entretien de la force publique, et pour les dépenses d'administration, les contributions de la femme et de l'homme sont égales ; elle a part à toutes les corvées, à toutes les tâches pénibles ; elle doit donc avoir de même part à la distribution des places, des emplois, des charges, des dignités et de l'industrie.

XIV.

Les Citoyennes et Citoyens ont le droit de constater par eux-mêmes ou par leurs représentants, la nécessité de la contribution publique. Les Citoyennes ne peuvent y adhérer que par l'admission d'un partage égal, non seulement dans la fortune, mais encore dans l'administration publique, et de déterminer la quotité, l'assiette, le recouvrement et la durée de l'impôt.

XV.

La masse des femmes, coalisée pour la contribution à celle des hommes, a le droit de demander compte, à tout agent public, de son administration.

XVI.

Toute société, dans laquelle la garantie des droits n'est pas assurée, ni la séparation des pouvoirs déterminée, n'a point de constitution ; la constitution est nulle, si la majorité des individus qui composent la Nation, n'a pas coopéré à sa rédaction.

XVII.

Les propriétés sont à tous les sexes réunis ou séparés ; elles ont pour chacun un droit lorsque la nécessité publique, légalement constatée, l'exige évidemment, et sous la condition d'une juste et préalable indemnité.

Postambule.

Femme, réveille-toi ; le tocsin de la raison se fait entendre dans tout l'univers ; reconnais tes droits. Le puissant empire de la nature n'est plus environné de préjugés, de fanatisme, de superstition et de mensonges. Le flambeau de la vérité a dissipé tous les nuages de la sottise et de l'usurpation. L'homme esclave a multiplié ses forces, a eu besoin de recourir aux tiennes pour briser ses fers. Devenu libre, il est devenu injuste envers sa compagne. Ô femmes ! Femmes, quand cesserez-vous d'être aveugles ? Quels sont les avantages que vous avez recueillis dans la révolution ? Un mépris plus marqué, un dédain plus signalé. Dans les siècles de corruption vous n'avez régné que sur la faiblesse des hommes. Votre empire est détruit ; que vous reste t-il donc ? La conviction des injustices de l'homme. La réclamation de votre patrimoine, fondée sur les sages décrets de la nature ; qu'auriez-vous à redouter pour une si belle entreprise ? Le bon mot du Législateur des noces de Cana ? Craignez-vous que nos Législateurs français, correcteurs de cette morale, longtemps accrochée aux branches de la politique, mais qui n'est plus de saison, ne vous répètent : femmes, qu'y a-t-il de commun entre vous et nous ? Tout, auriez vous à répondre. S'ils s'obstinent, dans leur faiblesse, à mettre cette inconséquence en contradiction avec leurs principes ; opposez courageusement la force de la raison aux vaines prétentions de supériorité ; réunissez-vous sous les étendards de la philosophie ; déployez toute l'énergie de votre caractère, et vous verrez bientôt ces orgueilleux, non serviles adorateurs rampants à vos pieds, mais fiers de partager avec vous les trésors de l'Être Suprême. Quelles que soient les barrières que l'on vous oppose, il est en votre pouvoir de les affranchir ; vous n'avez qu'à le vouloir. Passons maintenant à l'effroyable tableau de ce que vous avez été dans la société ; et puisqu'il est question, en ce moment, d'une éducation nationale, voyons si nos sages Législateurs penseront sainement sur l'éducation des femmes.

Les femmes ont fait plus de mal que de bien. La contrainte et la dissimulation ont été leur partage. Ce que la force leur avait ravi, la ruse leur a rendu ; elles ont eu recours à toutes les ressources de leurs charmes, et le plus irréprochable ne leur résistait pas. Le poison, le fer, tout leur était soumis ; elles commandaient au crime comme à la vertu. Le gouvernement français, surtout, a dépendu, pendant des siècles, de l'administration nocturne des femmes ; le cabinet n'avait point de secret pour leur indiscrétion ; ambassade, commandement, ministère, présidence, pontificat, cardinalat ; enfin tout ce qui caractérise la sottise des hommes, profane et sacré, tout a été soumis à la cupidité et à l'ambition de ce sexe autrefois méprisable et respecté, et depuis la révolution, respectable et méprisé.

Olympe de Gouges (1791)

David a dit…

je te conseil l'excellent film Harvey Milk, avec sean penn, qui montre l'intolérance envers les gays, et pas en 1800, mais hier!

tous ces gens intolérants, incapables de faire un petit effort en ce qui concerne le respect de l'autre, j'admets que nous soyons tous un peu cons face à certaines situations ou personnes, mais une telle cruauté, une telle bêtise, c'est vraiment épuisant. Malgré tout il faut sans cesse reprendre les gens qui nous sortent des énormités pareilles, parfois on arrive à en raisonner quelques-uns.

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