dimanche 22 juin 2008

Le loup et l'enfant

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Le loup et l'enfant


Il y avait une fois un homme et une femme, qui n'avaient qu'un enfant de cinq ans. Un jour, cet enfant dit à sa mère :
‒ Mère, laissez-moi aller tout seulet chez ma tante.
‒ Non, nom ami. Tu es encore trop petit, pour y aller tout seulet. Il faut traverser un grand bois, et le Loup te mangerait.
Alors l'enfant se mit à pleurer.
‒ Mère, je vous dis que je veux y aller. Je connais tous les chemins du grand bois, et le Loup ne me mangera pas.
‒ Eh bien ! mon ami, puisque tu le veux, pars, et que le Bon Dieu te garde de tout mal.
L'enfant partit donc tout seulet. Arrivé au milieu du grand bois, il trouva le Loup, qui s'était vêtu en curé, et qui faisait semblant de lire son bréviaire.
‒ Bonjour, monsieur le Curé.
‒ Bonjour, mon ami. Où vas-tu ainsi ?
‒ Monsieur le Curé, je vais voir ma tante.
‒ Et où demeure ta tante, mon ami ?
‒ Monsieur le Curé, elle demeure là-bas, là-bas, dans une petite métairie, qu'on trouve après avoir passé le grand bois.
‒ Oh ! la brave femme. Je la connais bien. C'est une de mes paroissiennes. Deux fois par an, elle m'apporte en présent une paire de chapons gras. Souhaite-lui bien le bonjour de ma part.
‒ Je n'y manquerai pas, monsieur le Curé.
L'enfant suivit son chemin, et le Loup se remit à faire semblant de lire son bréviaire.
‒ Bon ! pensa-t-il. Je vais manger la tante et le neveu.
Aussitôt, il jeta ses habits de curé, et partit au grand galop pour la petite métairie.
‒ Pan ! Pan !
‒ Qui frappe ?
‒ C'est votre neveu, ma tante.
‒ Tire la cordelette, et le loquet se lèvera.
Le loup tira donc sur la cordelette, sauta sur la pauvre vieille, et la dévora, sans en rien réserver qu'un verre de sang. Cela fait, il prit la coiffe de la morte, et se mit au lit. A peine était-il couché, que l'enfant frappait à la porte.
‒ Pan ! Pan !
‒ Qui frappe ?
‒ C'est votre neveu, ma tante.
‒ Tire la cordelette, et le loquet se lèvera.
L'enfant entra dans la chambre.
‒ Bonjour, ma tante.
‒ Bonjour, mon ami. Tu dois être las. Bois ce verre de vin qui est sur la table. C'est du vin nouveau. Je l'ai tiré tout à l'heure. Maintenant, viens te mettre au lit avec moi.
L'enfant se déshabilla donc, et se mit au lit.
‒ Ah ! mon Dieu ! Que vos jambes sont velues, ma tante !
‒ La vieillesse, mon ami.
‒ Ah ! mon Dieu ! Que vos yeux brillent, ma tante !
‒ C'est pour mieux te voir, mon ami.
‒ Ah ! mon Dieu ! Que vous avez de grandes dents, ma tante !
‒ C'est pour mieux te briser, mon ami.
Alors, le Loup étrangla l'enfant, et le mangea.


Conté par Louis Lacoste, du Pergain-Taillac, Gers.
François Bladé, Contes populaires de la Gascogne,
Paris, Maisonneuve frères et Ch. Leclerc, 1886, 3 vol.


5 commentaires:

M. Ogre a dit…

... Nous lisons donc les mêmes livres à ce qu'il m'en semble ... C'est fort heureux !!! J'aime bien cette petite version ... Elle varie assez peu des autres, mais elle est simple, reprend la plupart des évênements traditionnels et le verre de vin est la chose la plus explicite qui soit ... Mais il n'est pas dit que le jeunet se fut appelé Chaperon, ce qui me rassure fort sur le sort d'une bien aimable princesse ...

M. Ogre a dit…

... En revanche ... la paire de chapons gras ... Est-ce bien recommandé pour une personne de Notre Sainte Mère l'Église ??? Je parie qu'ils avaient le goût du lait ...

PetitChap a dit…

... il y a quand même une différence importante : l'enfant est un garçon ... et il n'a que 5 ans. Dans les autres versions orales (qu'il faudra bien que je publie sur ce blog puisque personne ne va sur l'autre !), la jeune fille est pubère, en âge de faire ses épingles (ou ses aiguilles) ...

Pour ce qui est du loup, une fois encore on le voit fourbe et calculateur, mais cette version lui donne une dimension bien plus humaine que dans d'autres : il étrangle l'enfant avant de le manger ...

Je crois qu'il y aurait beaucoup à dire de cette petite histoire, en la comparant aux autres. Je l'ai découverte il y a peu de temps, dans un livre vraiment intéressant qui présente des versions orales des contes les plus populaires - y compris de Barbe-bleue ...

Les contes sont décidément fascinants ...

elbereth a dit…

Tiens tiens... Cette histoire me rappelle quelque chose... Mais je n'arrive pas à savoir quoi !

elbereth a dit…

... Marrant que tu dises que le loup apparait plus humain ici !
C'est vrai, il n'y a que les hommes qui développent une technique particulière de meurtre joussif [ avant de s'occuper du corps, en fonction de l'humeur du jour ou de la pathologie chronique, évidemment ! ].
Donc le loup n'est plus animal, il devient sadique ! Flippaaannnt !

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